Intérêt de l’IRM multiparamétrique dans la détection précoce du cancer de la prostate

Intérêt de l’IRM multiparamétrique dans la détection précoce du cancer de la prostate

Avec le concours du docteur Jean Brice GAYET, radiologue, clinique TURIN

 

L’IRM de la prostate dite « multiparamétrique » est aujourd’hui demandée par la plupart des urologues pour le diagnostic et la planification thérapeutique la mieux adaptée du cancer prostatique.

En quoi consiste-t-elle ? A quels inconvénients permet-elle de pallier et quels sont ses avantages ? Quelles sont les indications de sa prescription  ?

 

Intérêts de l’IRM multiparamétrique

  1. Cette technique offre une bonne identification des lésions agressives ou situées dans des zones de la glande où le cancer siège de façon plus inhabituelle , ainsi qu’une précision de détection des foyers qui seraient présents dans la glande. Elle fournit également un diagnostic précoce et fiable de la maladie, en réduisant les fausses détections et en focalisant les traitements sur les zones atteintes.
  2. Cette méthode permet aussi d’éviter des fréquents sur traitements anciennement prescrits au seul vu des résultats des biopsies ou du toucher rectal. Rappelons, en effet, que les seules biopsies ignorent souvent des masses tumorales ou une partie de la glande qui focalise pourtant 20% des cancers. A contrario, elles identifient, dans 30% des cas, des petits foyers qui pourraient ne pas être soignés.
  3. L’intérêt de l’IRM est également de bien identifier et localiser des récidives locales.
  4. Un autre avantage de la méthode est de ne pas entraîner d’irradiation du patient.
  5. Les appareils de dernière génération permettent de se passer de l’utilisation d’une antenne endo-rectale ce qui améliore le confort de l’examen.

La spectro-IRM reste anecdotique et n’est pas réalisée en routine du fait de la longueur de l’examen.

Le temps de la réalisation de l’examen va du simple au double (de 20 à 40 minutes), en fonction de la qualité de l’image demandé par le radiologue (pour une même machine).

 

Description et complémentarité des techniques employées

L’IRM (imagerie par résonance magnétique) utilise le champ d’un aimant supraconducteur qui magnétise les tissus pour mesurer la résonance magnétique nucléaire de leurs noyaux atomiques et obtenir, avec une bonne résolution, des vues de l’intérieur du corps en 2-3 dimensions.

L’IRM multiparamétrique est un examen rapide et non invasif qui fait appel à des méthodes complémentaires d’imagerie :

  1. Anatomique et fonctionnelle haute résolution

Ces techniques consistent à mesurer les réponses tissulaires à des excitations magnétiques en fonction de temps d’excitation différents (balayages dits T1 ou T2).

L’IRM anatomique décrit le volume des glandes tandis que la fonctionnelle décrit celle des tissus.

Les performances de ces seules méthodes sont moyennes avec une fiabilité limitée à 50 – 75%, une faible fiabilité de l’estimation du volume concerné, une mauvaise identification des petits foyers < 0,5cm3 ou des cancers de la zone de transition (située au milieu de la prostate).

  1. IRM de perfusion

Elle permet de repérer les tissus atteints en utilisant le fait que leur densité micro vasculaire (MVD) est plus élevée. Elle mesure ainsi cet indicateur par microcirculation tissulaire d’un produit de contraste (PdC) injecté.

Son taux de détection ne devient excellent qu’à partir de scores de Gleason supérieurs à 7 (indicateur qui permet de mesurer le degré d’agressivité des tumeurs des tissus prélevés).

  1. IRM de diffusion

Elle permet de repérer les tissus atteints en y mesurant la diffusion de molécules d’eau (avec des aimants de 1,5 ou de 3 Tesla), celle-ci étant affectée par la présence de tumeurs.

Avec des IRM de moins de 3 ans, cette séquence se suffit à elle seule pour la détection des cancers périphériques alors que pour la prostate centrale, a contrario, c’est la séquence T2 qui est prépondérante

  1. Complémentarité des 3 techniques d’IRM

Ces séquences, sont complémentaires : lorsqu’elles sont combinées et selon la taille de la tumeur, elles améliorent la sensibilité de l’identification des foyers tumoraux (passage de 70% à 95%), sa spécificité (passage de 55% à 75-95%) et sa précision (passage de 65% à 85-95%).

La réussite de l’analyse est également fonction de la rigueur de la méthode d’interprétation et d’une bonne transmission des résultats à l’équipe médicale conduite par l’urologue.

Le radiologue doit notamment  appliquer un score dans un compte rendu type standardisé  (le score Pi-RADS définit par l’ESUR en 2011) .

 

Indications de l’IRM multiparamétrique

Cette IRM est notamment indiquée en cas d’élévation du taux de PSA (protéine sécrétée par les cellules prostatique avec des taux anormaux en cas de cancer), de biopsie (afin d’orienter les prélèvements sur les zones considérées comme suspectes) ou de recherche d’extension du carcinome.

L’IRM multiparamétrique s’avère incontournable pour des tumeurs de plus de 0,2 cm3 chez les patients à risque faible. Sa détection est d’autant meilleure que la tumeur présente un score de Gleason élevé (défini ci-avant).

Actuellement, elle est recommandée par l’Association Française d’Urologie, notamment dans les cancers de prostate de risque intermédiaire ou élevé, pour évaluer le siège des tumeurs, l’infiltration ou le degré d’extension local et l’envahissement des vésicules séminales (réservoirs contenant le sperme).

Elle oriente les conditions des biopsies afin de quasiment tripler leur taux de détection ou permet de les éviter dans de nombreux cas.

L’IRM est l’examen de première intention pour la détection de lésion à biopsies négatives dans un contexte d’élévation du taux de PSA ainsi que dans le cadre d’une suspicion de récidive  avec un score de recommandation grade B selon la SFR (Société Française de Radiologie), ce qui n’est pas vrai dans le diagnostic précoce.

Les multiples avantages ici présentés de l’IRM multiparamétrique en font actuellement la technique d’exploration de référence pour les cancers de la prostate.

 

Quelques éléments bibliographiques

IRM anatomique haute résolution : http://pe.sfrnet.org/Data/ModuleConsultationPoster/pdf/2008/1/21bbb4fb-70fe-45a5-978c-5c269301a7b3.pdf

IRM de diffusion :

http://www.sfrnet.org/formation/mediatheque/articles-du-quotidien/index.phtml

IRM de perfusion :

http://www.sfrnet.org/data/FlashConfs/2009/565/flash/media/

IRM multiparamétrique :

http://www.cafcim.net/IMG/pdf/cafcim_prostate_-_le_bras.pdf

http://www.oncobretagne.fr/telechargt/Evenements/uro2009/pres/VWeppe.pdf

Liens IRM – Biopsies :

http://pe.sfrnet.org/Data/ModuleConsultationPoster/pdf/2007/1/0f0754cd-97e2-4d0c-bc74-e2f9db0b3909.pdf

http://urofrance.org/nc/science-et-recherche/base-bibliographique/article/html/irm-mutiparametrique-de-la-prostate-avant-biopsies-la-fin-des-biopsies-systematisees.html