Scanner

La fréquence des scanners sur l’ablation des reins

Selon une étude américaine, la multiplication des scanners engendre un surdiagnostic et un surtraitement des petits cancers asymptomatiques du rein.

 

Les spécialistes parlent d’ « incidentalomes » pour évoquer des problèmes de santé découverts à l’occasion d’examens réalisés pour une tout autre cause.

L’une des reflexions sur lesquels ces mêmes spécialistes ont des avis divergeants tourne autour de la question: Quelle conduite adopter face à des maladies qui n’ont jamais donné le moindre symptôme et dont l’aggravation n’a rien de systématique.

La dernière étude en date sur le sujet concerne les « incidentalomes surrénaliens » liés à la pratique des scanners thoraciques et abdominaux. Dans le JAMA Internal Medicine du 26 décembre, Gilbert Welch du Dartmouth College à Hanover (New Hampshire, États-Unis) et ses collègues dénoncent le risque de surdiagnostic et de surtraitement des petits cancers du rein, qui régressent souvent spontanément.

En travaillant sur les données du système d’assurance maladie des personnes âgées Medicare sur le territoire américain, les auteurs ont comparé les taux de scanners abdominaux et thoraciques à ceux d’ablation du rein. Ils ont ainsi constaté que, entre 2010 et 2014, plus de 40 % des personnes de 65 à 85 ans avaient subi cet examen (avec d’importantes variations selon les régions). Ils ont aussi trouvé une corrélation entre le taux de scanners et celui de néphrectomies. Selon leurs calculs, chaque augmentation de 1 000 personnes ayant « bénéficié » d’une imagerie se traduit par 5,5 patients supplémentaires traités (que ce soit par chirurgie, cryo-ablation ou radiofréquence).

Risque de complications

Cela pose des problèmes puisque le nombre de néphrectomies a augmenté de 40 % outre-Atlantique en 20 ans, alors que la mortalité par cancer du rein n’a pas évolué. De plus, des études de suivi de patients chez lesquels un cancer de petite taille avait été détecté montrent que 25 % de ces tumeurs régressent spontanément. Enfin, entre 1,2 et 1,7 % des personnes décédées et autopsiées sont porteuses de cancers rénaux ne s’étant jamais manifestés. Les auteurs estiment donc qu’il y a un surdiagnostic et un surtraitement de cette maladie. Ils s’interrogent d’autant plus sur l’intérêt des interventions qu’elles ne sont pas anodines : dans leur travail, la mortalité après néphrectomie s’élevait à 2,1 % à 30 jours et 4,3 % à 90 jours. Plus globalement, 30 à 40 % des patients opérés ont eu des complications, sans parler des douleurs et du stress.

Gilbert Welch et son équipe estiment donc que la surveillance active devrait constituer une « option importante » à proposer aux porteurs d’un cancer du rein de petite taille asymptomatique, en particulier pour les patients âgés. Prudemment, ils concluent que « les chirurgiens ne réalisent pas volontairement des opérations non nécessaires, pas plus que les radiologues ne font volontairement du surdiagnostic ». Mais ils font face à de nombreuses incitations à intervenir précocement : des intérêts financiers, la peur des actions en justice, la croyance du public de l’intérêt du diagnostic et du traitement précoces.

Source: http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/plus-on-fait-de-scanners-plus-on-retire-de-reins-03-01-2018-2183763_57.php