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L’impact du tabagisme sur le cancer de la prostate

Le tabagisme est un facteur agravant avéré des cancers génito-urinaires (cancers de la vessie, du tractus urinaire supérieur et cancer du rein). Toutefois la question de l’impact du tabagisme sur l’incidence du cancer prostatique reste non tranché.
Les dernieres recherches ont établi un lien robuste entre tabagisme et mortalité par cancer de la prostate. D’autres études ont pu établir une corrélation entre intoxication tabagique et volume tumoral, grade plus agressif ou extension extra capsulaire.
B Foerster et collaborateurs ont mené une revue systématique, avec méta-analyse afin d’investiguer l’association entre statut tabagique, nombre de paquets-années (P-A) et récidive biochimique (BCR), évolution métastasique et mortalité spécifique chez des patients présentant un cancer de la prostate localisé, traité par prostatectomie radicale (PR) primaire ou radiothérapie (RT). Les auteurs de cette revue ont, dans un premier temps, effectué une recherche bibliographique des publications traitant de cette question entre Janvier 2000 et Mars 2017, via les principales banques de données informatisées (PubMed, MEDLINE, EMBASE, Cochrane Library), sans restriction à la seule langue anglaise.
Étaient inclus tous les articles ayant trait à des malades chez qui un CP avait été diagnostiqué (en l’occurrence la population cible), dont le statut tabagique était connu (le comparateur) et qui avaient bénéficié d’un traitement curatif de première intention (l’intervention). Le but était de comparer le risque chez les fumeurs actifs, les anciens fumeurs et chez les individus n’ayant jamais fumé, en prenant également en compte le risque cumulatif selon le nombre de P-A. Après sélection, les articles en texte intégral retenus étaient analysés par 2 lecteurs indépendants et les données pertinentes extraites.

Fumeurs actifs = risque majoré de récidive, de métastases et de mortalité spécifique.

5 157 articles reposant sur un nombre total de participants de 22 549 ont été analysés:
  • 4 202 (18,6 %) étaient des fumeurs actifs,
  • 18 347 (81,4 %) étant catégorisés non-fumeurs (soit anciens fumeurs, soit n’ayant jamais fumé).
  • La médiane de suivi globale a été de 72 mois.
  • La cohorte entière était composée de patients originaires d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie du Sud Est.
  • L’étude de la mortalité spécifique a été possible chez 7 924 patients, dont 654 (8,3 %) ont succombé à leur cancer.
  • Par ailleurs 4 656 (21,4 %) ont eu une BCR.
  • Il est apparu que les fumeurs actifs avaient un risque significativement augmenté, comparativement aux non-fumeurs, de développer une BCR après PR ou RT,

Dans la comparaison fumeurs actifs vs sujets n’ayant jamais fumé, l’association est encore plus marquée : HR à 1,59 ; IC : 1,40-1,80 ; p< 0,001.

Les tentatives de corrélation entre risque et intensité de l’exposition tabagique exprimée en P-A ont fourni des résultats divergents.

Trois études ont examiné l’effet de l’arrêt de l’intoxication tabagique, 2 d’entre elles suggérant un bénéfice en cas d’arrêt depuis au moins 10 ans : comparativement à des fumeurs actifs.

Dans deux publications, il a été tenté d’évaluer les risques en fonction du nombre de P-A:
  • L’une aboutit à la conclusion qu’un total de 15 P-A ou plus est significativement associé à un risque accru de mortalité spécifique : HR : 5,82 ; IC : 1,96- 17,30 ; p < 0,001.
  • L’autre ne retrouve aucune corrélation, même pour une dose cumulée de 40 P-A. Dans ces 2 études, toutefois l’ arrêt du tabac est apparu comme un élément protecteur.

Avoir arrêté de fumer depuis au moins 10 ans reste un facteur favorisant

L’analyse croisée de ces études démontre que les fumeurs actifs ont un plus haut risque de récidive biochimique, d’évolution métastasique et de décès spécifique que des non-fumeurs.
Les anciens fumeurs conservent un risque majoré de récidive biochimique mais non de métastases ou de mortalité spécifique. Il apparait également que l’arrêt de l’intoxication tabagique depuis au moins 10 ans a un effet protecteur vis-à-vis d’une BCR.
Le tabagisme est donc un facteur de risque supplémentaire pour le cancer de la prostate, quel que soit le traitement mis en œuvre, PR ou RT, facteur sur lequel il est possible d’agir préventivement.
Quelques réserves doivent toutefois être émises:
  1. Dans plusieurs études incluses, le statut tabagique n’a été détaillé qu’à l’entrée, sans précision durant le suivi.
  2. Ce dernier a été aussi quelque peu limité, eu égard à la longue histoire naturelle du cancer de la prostate.
  3. Des biais ont pu aussi surgir, de par la nature observationnelle et non randomisée de publications sélectionnées dans la revue.
En conclusion, les fumeurs actifs lors d’un traitement par PR ou RT d’un cancer de la prostate localisé ont un risque majoré de récidive biochimique, de métastases et de mortalité spécifique. Les résultats concernant les anciens fumeurs sont plus incertains, de par des données plus éparses et hétérogènes.
RÉFÉRENCE
  • Foerster B et coll. : Association of Smoking Status with Recurrence, Metastasis and Mortality among Patients with Localized Prostate Cancer undergoing Prostatectomy or Radiotherapy. JAMA Oncol., 2018 ; publication avancée en ligne le 24 mai. doi: 10.1001/jamaoncol.2018.1071.
  • http://www.jim.fr