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La radiothérapie hypofractionnée après la chirurgie serait aussi efficace qu’un protocole de radiothérapie externe standard, sans effets secondaires supplémentaires, pour les patients touchés par un cancer de la prostate.

C’est ce que révèlent les résultats d’une étude communiqués lors de la réunion annuelle de l’American Society for Radiation Oncology

 

Un gain de temps de traitement pour la même efficacité

Une irradiation hypofractionnée se déroule sur une durée d’environ 5 semaines, contre 7 semaines pour la radiothérapie externe conventionnelle. Elle consiste à administrer plus de rayons sur une période plus courte. Ce protocole n’augmente pas les effets secondaires tardifs de la radiothérapie ni l’impact sur la qualité de vie des patients atteints d’un cancer de la prostate et ayant subi une prostatectomie.

Dans une interview accordée à CURE®, le Dr Mark K. Buyyounouski, professeur de radio-oncologie (radiothérapie) et directeur des cancers génito-urinaires à l’Université Stanford en Californie, explique que l’intérêt est de réduire la pénibilité des traitements du cancer de la prostate. Il souhaiterait que plus de patients puissent bénéficier d’une radiothérapie hypofractionnée après une prostatectomie, car actuellement, elle est sous-utilisée, bien que son efficacité soit probante pour soigner la maladie.

L’auteur principal précise qu’une irradiation plus longue chez les patients implique des séances de traitements tous les jours, du lundi au vendredi, durant 7 semaines. La radiothérapie hypofractionnée réduit ce temps de traitement de 2 semaines et demie environ. La durée de traitement est donc plus courte, tout comme ses contraintes associées (disponibilité professionnelle, familiale, sociale…).

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Résultats de l’étude

Pour observer le bien-fondé d’une radiothérapie hypofractionnée, les chercheurs ont étudié les effets secondaires chez 296 patients. 144 d’entre eux avaient bénéficié d’une chirurgie puis d’une radiothérapie hypofractionnée, et 152 hommes avaient bénéficié d’une radiothérapie conventionnelle après la prostatectomie. L’observation s’est particulièrement intéressée à la toxicité gastro-intestinale et génito-urinaire pendant toute la durée de l’irradiation.

Les résultats obtenus montrent que la toxicité génito-urinaire 6 à 12 mois après l’irradiation est la même chez les deux groupes de patients. Concernant la toxicité gastro-intestinale, les scores étaient très différents entre les deux groupes de patients immédiatement après la fin de la radiothérapie, mais ils se sont stabilisés après 6 à 12 mois.

Le Docteur Buyyounouski n’est pas surpris par les résultats obtenus quant à la toxicité gastro-intestinale. Il ajoute que ces résultats indiquent une tendance à la résorption progressive des effets secondaires immédiats.

Ce type d’effets secondaires est connu et plutôt courant après une irradiation de prostate, car le rectum se situe à la limite de la zone irradiée. Cette information est d’ailleurs expliquée au patient lors de la première consultation avant le début de la radiothérapie, tout comme l’ensemble des effets secondaires précoces et tardifs possibles. Le « pic » des désordres intestinaux se déroulant habituellement à la fin des rayons.

Les effets secondaires sont en effet exposés au patient avant de subir un traitement du cancer de la prostate, que ce soit une chirurgie, une chimiothérapie ou une radiothérapie. Les patients s’attendent donc à expérimenter des effets indésirables à court terme. Mais ce qui les inquiète, c’est de savoir si ces effets vont disparaître. L’étude se veut donc rassurante, en montrant que ces effets vont bien disparaître avec le temps, et qu’une irradiation moins longue mais avec des doses plus fortes n’entraîne pas plus d’effets secondaires qu’une irradiation conventionnelle plus longue.

 

Risque de récidive

Les patients participants à l’étude ont été suivis en moyenne pendant 2,1 ans. Durant cette période, aucune différence n’a été observée quant à un éventuel échec thérapeutique ou une récidive du cancer. Les deux groupes ayant reçu une radiothérapie hypofractionnée et une radiothérapie conventionnelle présentent les mêmes résultats. Le risque de récidive a été évalué de manière à démontrer l’efficacité du protocole hypofractionné face à l’irradiation standard. Or, deux ans après la fin des traitements, il n’existe pas d’élément contradictoire.

Ces résultats sont donc rassurants et pourraient élargir le spectre d’utilisation en permettant à plus de patients touchés par un cancer de la prostate d’en bénéficier. En proposant un protocole de radiothérapie hypofractionné, les médecins pourraient réduire de plus de deux semaines le traitement d’irradiation. Cela diminuerait la pénibilité liée à la longueur du traitement de radiothérapie et permettrait aux patients d’avoir moins de contraintes de rendez-vous pour des séances.

 

Bibliographie:

Cure Today – Men With Prostate Cancer After Surgery May Benefit From Shorter Duration of Radiation Therapy